Fortissimus | L'homme

Louis Cyr naquit Cyprien Noé Cyr, le 10 octobre 1863, à Saint-Cyprien-de-Napierville, alors partie de la Seigneurie de Léry, dans le Haut-Richelieu. Ce fut là que le docteur Robert Nelson, à la tête de la Rebellion des Patriotes (1837-1838), proclama l'établissement provisoire de la République du Bas-Canada, le 4 novembre 1838, peu avant la dernière bataille qui opposa les Patriotes aux troupes anglaises, à Odelltown.

Cyprien Noé était l'aîné des garçons et le deuxième d'une famille de 13 enfants, nés de Philomène Berger-Veronneau et de Pierre Cyr. Fier de ses racines acadiennes sans pour autant bien connaître la généalogie des Cyr (anciennement Sire), il était lié par ascendance directe à Jeau Sire, de Saint-Éloi-de-Dunkerque, premier de la lignée, venu s'établir en Acadie vers 1675.

Cyprien Noé Cyr ne fréquenta l'école des garçons de Napierville que très brièvement, quatre mois par année, de 9 ans à 12 ans, ce qui fit de lui un illettré. Vers l'âge de 22 ans il se mit résolument à l'œuvre, aidé de son épouse, Mélina Comtois dit Gilbert, de Saint-Jean-de-Matha, afin d'acquérir les rudiments de l'écriture et de la lecture du français. En même temps, il parvint assez rapidement à converser en anglais, aidé par ses séjours prolongés aux États-Unis.

À compter de 1878, Cyprien Noé Cyr fit partie du grand exode des Canadiens-français vers les usines de textile de la Nouvelle-Angleterre. C'est là qu'il changea son prénom pour celui de Louis, rappelant le prénom du deuxième de la lignée des "Sire" d'Acadie. Il fut, tour à tour, garçon de ferme, manœuvre à la Suffolk Manufacturing Company de Lowell, Massachusetts, puis, de retour au Québec, bûcheron sur les terres de la Couronne, au nord de Saint-Jean-de-Matha.

De 1883 à 1885, Louis Cyr fut au service de la " police et du feu " de Sainte-Cunégonde, une municipalité située à l'ouest de Montréal et qui sera annexée à la métropole en 1904. Il quittera ses fonctions en décembre 1885, après deux tentatives d'assassinat contre sa personne.

De 1886 à 1888, il fut, à l'incitation de son mentor et premier promoteur, Gustave "Gus" Lambert, propriétaire d'un hôtel et d'une salle athlétique, situés au 749, rue St-Joseph (aujourd'hui Notre-Dame), aux limites de Sainte-Cunégonde et de Montréal.

Après avoir perdu un premier enfant à la naissance, le couple Cyr eut le bonheur de célébrer la venue au monde d'une fille, Émiliana, le 30 janvier 1887. Enfant unique, Émiliana Cyr deviendra, dès l'âge de 6 ans, un prodige de la force et se produira avec ses parents sur les grandes scènes de Montréal et de plusieurs États américains. Pensionnaire au couvent de Saint-Félix-de-Valois, puis à celui de Saint-Jean-de-Matha, elle se distinguera par sa virtuosité au piano et ses talents d'élocutionniste, avant d'épouser, à l'âge de 18 ans, un homme de quatorze ans son aîné, le docteur Zénon Maxime Aumont. Originaire de Saint-Félix-de-Montcalm, ce dernier revendiquait une lointaine ascendance maternelle avec Sir Wilfrid Laurier. Émiliana Cyr connaîtra un destin absolument tragique.

À compter de 1890 et jusqu'à son décès, Louis Cyr sera un résident de Saint-Jean-de-Matha, municipalité située à quelques kilomètres de Joliette, dans la région de Lanaudière. Il y sera d'abord propriétaire de la ferme de son beau-père, située à l'angle des rangs Saint-Pierre et de la Rivière-Blanche, puis, en 1903, d'une première résidence, inspirée du style Nouvelle-angleterre, jouxtant l'église et le couvent de Saint-Jean-de-Matha. En 1906, ayant fait don de cette propriété à sa fille Émiliana, il acquit la grande maison de trois étages située en face de la première, toujours dans le rang Sainte-Louise, devenu depuis, la rue du même nom.

Entre 1894 et 1899, Louis passe pratiquement huit mois par année en tournées, surtout aux États-Unis. Il sera la tête d'affiche des grands cirques américains John Robinson's Circus et Ringling Brothers, avant de fonder son propre cirque, la première entreprise du genre au Québec, vers la fin de 1898, et, en quelque sorte, l'ancêtre du Cirque du Soleil.

Vers 1899, Louis Cyr éprouva les premiers symptômes de la maladie qui allait l'emporter treize ans plus tard. En 1901, le docteur Sir William Hales Hingston, un ancien maire de Montréal, doyen de la faculté de médecine de l'Université Bishop et président du Collège des Médecins et Chirurgiens de la Province de Québec (1886), diagnostiqua la maladie de Bright, une affection rénale chronique aux effets irréversibles. Il prescrivit à Louis Cyr un régime sévère de lait et d'eau minérale, qui prolongea la vie de ce dernier de plusieurs années.

En fin janvier 1908, l'éditeur du quotidien La Presse, monsieur Arthur Berthiaume, convint que les exploits et la notoriété de Louis Cyr étaient tels, qu'ils imposaient un devoir de mémoire à toute entreprise de presse. Ce furent les journalistes Septime Laferrière et Albéric Bourgeois, ce dernier étant également illustrateur, qui rendirent compte du récit oral que leur fit Louis Cyr. Le premier article, d'une série de 36, fut publié le samedi, 8 février 1908.

Comblé d'honneurs, considéré par ses contemporains et ses pairs sur deux continents comme une légende vivante, Louis Cyr s'éteignit le dimanche, 10 novembre 1912, dans la résidence montréalaise de son gendre, le docteur Zénon Maxime Aumont. Il fut, contrairement à ses dernières volontés testamentaires, inhumé (mis en charnier) au cimetière Notre-Dame de la Côte-des-Neiges de Montréal, le jeudi, 14 novembre 1912. Ce ne fut que le 13 janvier 1913, par ordre de la Cour du Québec, que le grand héros québécois trouva le dernier repos au cimetière de Saint-Jean-de-Matha.

Louis Cyr, l'homme, fut un être aimant, loyal, sensible, profondément religieux, fier de ses origines et de sa culture. Louis Cyr, l'homme fort, fut un personnage d'exception, un phénomène défiant les lois de la physiologie (consultez la section EXPLOITS). Tout au long de sa vie on l'associa aux exploits bibliques de Samson. D'où la naissance de la légende et d'un lot de récits improvisés, romancés, à l'origine desquels se trouva un des petits-fils de Louis Cyr, le docteur Gérald Aumont.

Presque 150 ans après la naissance de Louis Cyr, sa biographie officielle (consultez la section BIOGRAPHIE) rend finalement l'homme le plus fort de tous les temps à l'Histoire. Cette œuvre colossale, avec, en toile de fond, l'époque des grandes mutations en Amérique comme en Europe, inscrit le nom de Louis Cyr sur la courte liste des plus grandes personnalités francophones d'Amérique et le consacre comme un des plus grands héros populaires du Québec, sinon le plus grand.